Démarche

Traces de corps

corps-en-re%cc%82ve-mainMes doigts, mes ongles, toute ma main, me guident pour trouver la trace juste du corps enfoui. Tenter de trouver le geste de cette écriture de l’instant. Ce doit être un geste vif traduisant, a contrario, la lenteur du temps qui a créé toutes ces strates, en mémoire, et recouvert ces corps en moi. Pris dans leur puits de nuit et déterrés là sur la feuille.

Pour que le geste saisisse, dans l’instantané d’une sorte de vision, tous ces corps en moi, ces ombres portées, ces fantômes ou ces rêves, et en laisse trace sur la feuille, j’ai arrêté mon choix sur des matières « glissantes » que je pourrais palper. De la craie grasse au départ que je malaxe et du bristol, papier sans grain ou presque pour justement en saisir tout le grain de la peau. Viennent y glisser de l’encre et de la gouache toujours dans un même souci du geste pur. Pas de medium entre la main et le corps tracé.

Pas de modèle non plus qui ferait écran à ces visions de corps qui surgissent. Les corps que je trace sont des corps imaginaires, que j’ai appelés, pour certains, des corps en rêve parce qu’ils sont à la fois rêvés et dans la matière même du rêve (comme on pourrait dire en métal).

Corps fantomatiques, amas de corps quasi disparus, connus et oubliés, ancrés – encrés – au plus profond de moi, ils frôlent alors l’abstraction, comme je les déterre et les creuse à la fois, leur donnant trace de mes doigts sur le papier devenu support de leur présence, en impression, avant qu’ils ne retournent à la nuit.

© Thiria Vinçon / All rights reserved